BiohydrogèneAnalyse

L’hydrogène auprès d’une unité de méthanisation : scénarios d’usage local et leur pertinence

Une unité de méthanisation doit-elle produire de l’hydrogène ? Nous évaluons cinq scénarios : électrolyse à partir de l’électricité de la CHP, reformage du biométhane, soutien de la méthanisation par l’hydrogène, hydrogène pour les engins agricoles et livraisons à l’industrie.

Publié le 5 min de lectureRédaction FeedstockData

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Instalacja zielonego wodoru obok farmy fotowoltaicznej: kontenery elektrolizerów i pionowe zbiorniki wodoru na stalowej ramie.
Illustration : FeedstockData (IA, Google Gemini)

Une unité de méthanisation peut être un point de départ pour la production d’hydrogène, mais dans la plupart des cas la vente de biométhane, de bioCNG ou d’électricité donne un meilleur résultat économique que la production d’hydrogène sur place, car toute conversion d’énergie entraîne des pertes et des coûts. L’électrolyse alimentée par l’électricité issue du biogaz consomme 50–55 kWh/kg de H₂, et l’énergie de 1 kg d’hydrogène (33,3 kWh selon le pouvoir calorifique inférieur) représente donc env. 60–65 % de l’énergie prélevée sous forme d’électricité. La transformation du gaz en électricité dans un moteur de cogénération (CHP) d’un rendement de 40 % réduit encore le rendement de la chaîne. L’hydrogène auprès d’une unité de méthanisation a du sens dans des niches : là où existe un client local stable, lorsque l’hydrogène sert à soutenir le procédé biologique ou lorsqu’on le combine avec des excédents d’énergie d’autres sources.

Scénario 1 : électrolyse à partir de l’électricité issue du biogaz

Un moteur de cogénération produit de l’électricité qui alimente l’électrolyseur. Rendement de la chaîne : biogaz → électricité 40 % → hydrogène (33,3/52 = 64 %) = env. 26 % de l’énergie du biogaz dans l’hydrogène (PCI). À titre de comparaison, le biométhane issu de l’épuration conserve env. 90–95 % de l’énergie du biogaz. C’est donc la voie la moins efficace. De plus, l’hydrogène issu d’électricité produite à partir de biogaz n’est pas un RFNBO (énergie issue de la biomasse), et son statut nécessite une évaluation distincte. Usage : uniquement si l’hydrogène est absolument nécessaire et que l’électricité issue du biogaz ne peut être vendue à un meilleur prix.

Scénario 2 : reformage du biométhane

Le biométhane est transformé en hydrogène (voir l’article sur le reformage). Une consommation d’env. 3,4 kg de CH₄ par kg de H₂ correspond à un rendement d’env. 70 % par rapport à l’énergie du biométhane. Cette voie a de la valeur en présence d’une demande industrielle locale et de la disponibilité d’une installation de reformage ; à petite échelle, elle est coûteuse.

Scénario 3 : hydrogène pour soutenir la méthanogenèse

L’ajout d’hydrogène dans le digesteur ou dans un réacteur séparé permet de transformer le CO₂ du biogaz en méthane supplémentaire (méthanation biologique in situ ou ex situ). L’avantage est la valorisation du CO₂ et la tolérance aux impuretés ; l’inconvénient – les limites du transfert gaz-liquide et la faible échelle. L’économie dépend du prix de l’électricité (voir l’article sur la méthanation).

Scénario 4 : carburant pour les engins agricoles

L’hydrogène comme carburant pour les tracteurs et les engins en est à un stade précoce de développement. Le besoin énergétique d’un tracteur est de plusieurs centaines de kWh par jour en saison, ce qui exige une installation de puissance adéquate ainsi qu’une station de ravitaillement en hydrogène (compression à plusieurs centaines de bars). Aujourd’hui, une solution plus pratique et moins chère pour les engins agricoles est le bioCNG/bioLNG ou le biodiesel, et à l’avenir les solutions électriques.

Scénario 5 : livraisons à l’industrie ou aux transports

Si un site consommateur d’hydrogène (chimie, raffinerie, verre) opère à proximité et recherche un hydrogène à faible empreinte carbone, l’unité de méthanisation peut devenir un fournisseur. Cela exige une grande échelle, une certification et des infrastructures de transport de l’hydrogène (pipeline, remorques). Pour une installation agricole isolée, l’échelle est généralement trop petite.

Exemple comparatif

Hypothèses : 1 000 MWh d’énergie chimique du biogaz par an (à 55 % de CH₄).

Voie Énergie finale du produit Remarques
Épuration en biométhane (pertes de 5–10 % d’énergie pour le procédé) env. 900–950 MWh de biométhane produit compatible avec le réseau
CHP : électricité 40 % 400 MWh d’électricité (+ chaleur env. 40–45 %) la chaleur nécessite un utilisateur
CHP → électrolyse 400 × 0,64 ≈ 256 MWh d’hydrogène (PCI) rendement le plus faible
Biométhane → reformage (70 %) 630–665 MWh d’hydrogène (PCI) suppose une échelle industrielle

Les écarts sont énormes. L’hydrogène n’a de sens que si sa valeur pour l’acheteur, rapportée au MWh, est nettement supérieure à celle du biométhane ou de l’électricité.

Critères de décision

  1. Existe-t-il un acheteur stable d’hydrogène, avec un contrat ?
  2. Quel est le coût de toute la chaîne (production, purification, compression, stockage, transport) ?
  3. L’hydrogène est-il éligible à un soutien ou à une prime, et quelles exigences réglementaires satisfait-il ?
  4. L’alternative (biométhane, bioCNG) ne donne-t-elle pas un meilleur résultat ?
  5. Dispose-t-on de la compétence technique et de l’acceptation du risque (ATEX, hydrogène) ?

Sécurité et formalités

L’hydrogène a un large domaine d’inflammabilité (dans l’air env. 4–75 % en volume) et une très faible énergie d’inflammation ; les installations à hydrogène exigent donc une évaluation distincte des risques, des zones Ex, une détection et des procédures. Une unité de méthanisation qui gère déjà des zones ATEX pour le biogaz dispose d’un certain avantage en matière de compétences, mais l’ajout d’hydrogène implique de nouvelles exigences pour les équipements, le stockage à haute pression et l’exploitation. Aux coûts, il faut ajouter les autorisations, l’assurance et les formations, dont l’ampleur dépend de l’échelle.

Conclusion

Pour la plupart des unités de méthanisation, l’hydrogène n’est pas un produit naturel. Des niches pertinentes existent, mais tout projet doit commencer par un bilan énergétique et un contrat avec l’acheteur, et non par la technologie.

Sources

  1. IEA — Global Hydrogen Review
  2. Rozporządzenie delegowane Komisji (UE) 2023/1184 — EUR-Lex
  3. IEA Bioenergy