Marché et investissementAnalyse
Le gaz vert aux Pays-Bas : subventions SDE++, certificats Vertogas et objectif de 2 milliards de m³ d’ici 2030
Les Pays-Bas développent un marché du gaz vert en combinant les subventions à la production SDE++ avec le système de certificats Vertogas. Nous décrivons les mécanismes, le rôle de la méthanisation des engrais et les enseignements pour la Pologne, sans citer de statistiques incertaines.
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Aux Pays-Bas, le gaz vert (groen gas) désigne le biométhane injecté dans le réseau, soutenu par des subventions à la production dans le cadre du programme SDE++, tandis que l’origine du gaz est certifiée par le système Vertogas. L’accord climatique de 2019 prévoit une augmentation significative de la production de gaz vert d’ici 2030, avec un objectif mentionné dans les documents de l’ordre de 2 milliards de m³ par an. Le modèle néerlandais illustre un marché où le soutien financier (SDE++) et la certification (Vertogas) fonctionnent comme des mécanismes complémentaires. Les paramètres des subventions et les budgets évoluent chaque année, c’est pourquoi nous abordons ci-dessous les principes, et non les tarifs spécifiques.
SDE++ : prime complémentaire au prix du marché
Le programme SDE++ (Stimulering Duurzame Energieproductie en Klimaattransitie) verse au producteur une prime couvrant la différence entre le coût de production (montant de base fixé pour chaque catégorie technologique) et le prix du marché de l’énergie. La prime est versée sur plusieurs années (généralement une dizaine), et son montant varie en fonction du prix du marché (ce qui réduit le risque de surcompensation). Le soutien est accordé lors de sessions à budget limité, où les projets sont en concurrence sur la base de leur prix ; contrairement à un tarif garanti, cela nécessite de participer à un appel d’offres. Pour le biométhane, des catégories distinctes sont prévues en fonction des intrants et de l’échelle.
Vertogas et garanties d’origine
Vertogas, système de certification géré par l’opérateur néerlandais du réseau de transport de gaz, délivre des certificats attestant qu’une quantité donnée de gaz provient de sources renouvelables. Ces certificats sont transférables entre acteurs et annulés lors de la déclaration de consommation. Le système est interconnecté avec les registres européens, permettant ainsi le commerce transfrontalier. Les consommateurs déclarant une consommation de gaz vert (industrie, fournisseurs, réseaux de chaleur) achètent les certificats indépendamment du gaz physique.
Agriculture et intrants
De nombreuses unités de méthanisation néerlandaises utilisent des engrais naturels en codigestion avec des résidus agricoles et agroalimentaires. L’agriculture néerlandaise se caractérise par une forte intensité, et le gouvernement vise à réduire les émissions d’azote et de méthane, ce qui fait de la méthanisation une composante de la stratégie nationale. La valorisation du digestat est soumise à des limites strictes en matière d’azote, nécessitant des solutions telles que la séparation et le traitement des engrais.
Exemple de calcul (illustratif)
Montant de base de la subvention pour un projet : 12 EUR/GJ (hypothèse), prix du marché du gaz de référence : 40 EUR/MWh = 11,1 EUR/GJ. La prime correspond à la différence : 12 − 11,1 = 0,9 EUR/GJ (et en cas de hausse des prix du marché, la prime diminue jusqu’à zéro). Le producteur perçoit également un revenu issu des certificats (dans le cas du gaz vert vendu à des consommateurs déclarant leur consommation). Si le prix du marché chute à 25 EUR/MWh (6,9 EUR/GJ), la prime passe à 5,1 EUR/GJ. Cet exemple illustre la fonction stabilisatrice du SDE++, mais les chiffres concrets dépendent de la catégorie et de la session.
Enseignements pour la Pologne
- Une prime variable complémentaire au prix du marché sécurise le projet sans surpayer le budget en cas de prix élevés.
- Le système de certificats doit interagir avec les registres européens pour éviter le double comptage.
- Les appels d’offres à budget limité nécessitent une préparation des projets (autorisations, raccordement) avant la compétition.
- La gestion de l’azote est tout aussi importante que celle de l’énergie.
Risques
- incertitude quant aux résultats des appels d’offres,
- modifications des règles du programme,
- contraintes du réseau,
- limites d’azote et coûts de valorisation du digestat,
- concurrence pour les intrants.
Importance pour les consommateurs
Les consommateurs industriels néerlandais et les fournisseurs d’énergie achètent des certificats de gaz vert pour déclarer une réduction de leurs émissions. Grâce à la dissociation de l’attribut environnemental du gaz physique, le producteur peut vendre le gaz sur le marché de gros et les certificats séparément, ce qui accroît la flexibilité commerciale. Toutefois, le système exige un contrôle strict pour éviter qu’une même quantité ne soit vendue deux fois ou comptabilisée pour deux objectifs réglementaires distincts.
Implications pour les projets
Pour l’investisseur, les éléments clés sont : la date de l’appel d’offres, l’obligation de disposer des autorisations et des conditions de raccordement au moment du dépôt de la demande, la capacité à respecter les conditions relatives aux intrants, ainsi que le calcul du coût de production par rapport au montant de base de la catégorie. Ces mêmes questions se posent aux investisseurs dans d’autres pays, mais aux Pays-Bas, le résultat de l’appel d’offres détermine la réalisation du projet.
Comparaison
Contrairement à un tarif fixe, comme en France, le modèle néerlandais exige de remporter un appel d’offres et comporte un risque lié au résultat, mais la prime variable protège le budget public. Les deux approches présentent des avantages, et leur choix dépend des priorités politiques : rapidité de développement et simplicité, ou maîtrise des coûts de soutien.
Synthèse
Le gaz vert néerlandais repose sur deux piliers : les subventions complémentaires au prix du marché et les certificats d’origine. Ce modèle met l’accent sur la compétitivité des coûts et la transparence, et ses paramètres doivent être suivis régulièrement, car ils évoluent d’une année à l’autre.





